On oppose souvent à la campagne AZOT qu’il est injustifié de prendre le
cirque Knie pour cible, celui-ci étant mondialement connu pour ses bons
traitements des animaux. Ce texte s’attache à répondre à cette
critique, et par-là même à remettre en avant ce qui sous-tend notre
lutte, à savoir une perspective éthique de notre rapport aux animaux.
Selon
ses propres dires, le cirque Knie fournirait aux animaux « des soins et
un environnement de la plus grande qualité ». Dans une approche
protectionniste, peut-être. On concède en tout cas le soin certain
porté par la famille Knie à promouvoir auprès du public, par médias
interposés, une image de leur entreprise comme un bienfait pour les
animaux. Ils attachent visiblement une grande importance au dialogue
avec les médias ; ils ont cependant refusé jusqu’à présent toute
proposition de débat public avec notre association. AZOT n’est
actuellement pas à même d’enquêter de façon approfondie sur la
situation des animaux chez Knie, les méthodes réelles de domptage, de
dressage et de détention.Le secret maintenu autour de ces pratiques
(les séances de répétition en public ne permettent pas de savoir
comment les animaux ont été auparavant domptés) rendrait ce travail
très ardu.
AZOT concentre l’essentiel de sa campagne sur Knie
parce que c’est le plus gros et le plus connu des cirques animaliers
suisses. Qu’il soit un « modèle » ou non de traitement des animaux ne
saurait influer sur notre objectif d’abolition de la détention de tous
les animaux dans les cirques (et non pas l’abolition de la maltraitance
de ces animaux) ; qu’il traite ses animaux chaque jour mieux ne mettra
pas fin à la campagne d’AZOT. Pourquoi ? Parce que c’est une base
éthique qui sous-tend cette campagne, une éthique antispéciste. Nous
constatons que notre société est spéciste, c’est à dire qu’elle
s’appuie sur le critère d’espèce pour ne pas (ou moins) tenir compte
des intérêts de certains au bénéfice d’autres, tout comme le racisme et
le sexisme le font avec les catégories de race et de sexe. Nous
considérons que le spécisme est indéfendable, que ses justifications ne
sont pas rationnelles : si nous refusons que l’appartenance à un groupe
biologique serve de critère de discrimination pour les sexes et les «
races », comment l’accepter pour l’espèce ? Un explication est souvent
faite par l’intelligence, la raison, la conscience de soi. Pourtant, il
est clair que ces critères ne sont pas pertinents en soi, car, par
exemple, nous ne considérons pas que la souffrance ou la mort d’un
handicapé mental soient moins importantes que celles d’un génie. Quel
est le rapport entre leur plus ou moins grande intelligence et
l’importance à accorder à leurs intérêts respectifs ? Heureusement,
dans notre société nous ne procédons pas ainsi, nous avons une morale
égalitaire. Malheureusement, au-delà des relations entre humains, nous
avons une morale inégalitaire, hiérarchique. Le spécisme est une
discrimination arbitraire, un mépris complet de ce que les animaux non
humains endurent, que seul fonde un inique « droit du plus fort ».
AZOT
participe ainsi, à travers la cause des animaux emprisonnés pour les
cirques, à la lutte pour l’égalité animale, contre toute forme de
domination et pour la prise en compte des intérêts de chaque individu
quels que soit ce qu’on appelle la race, l’espèce, le sexe, la
sexualité, le statut social, etc.
Vous aurez donc compris
pourquoi nous ne revendiquons pas simplement l’amélioration des
conditions d’exploitation des animaux : nous pensons que c’est
l’oppression en elle-même qui est indéfendable et qui doit être abolie.
Cette oppression, elle commence avec la capture ou l’achat d’animaux,
avec leur emprisonnement dans des cages et des enclos. Devient
donc aussi claire la position d’AZOT de ne pas faire de différence
entre des animaux dits « sauvages » et d’autres animaux, parce qu’il ne
saurait y avoir de justification à créer une hiérarchie entre les
intérêts de ces animaux à être libres.
Ainsi, que Knie traite
ses animaux de façon plus ou moins tenable pour ces derniers ne
constitue pas une question pertinente à nos yeux. Nous espérons qu’ils
sont effectivement traités de la manière que met en avant Knie, mais
cela ne saurait représenter une attitude éthique envers ces animaux. Ce
n’est que lorsque ce cirque et tous les autres se seront complètement
défaits de leur tradition d’utilisation des animaux qu’AZOT aura
atteint son objectif.
Cette situation n’est pas irréversible et
c’est par nos choix quotidiens que nous pouvons mettre un terme à
l’exploitation et à la souffrance. Les habitudes de vie que notre
civilisation nous a inculquées ne sont pas nécessairement justes et
doivent parfois être radicalement remises en question. Par nos choix
individuels et collectifs, nous devons refuser certaines valeurs et
pratiques fondamentales de notre société et lutter pour un monde plus
égalitaire et vivable pour tous.
Citations concernant Knie tirées de : http://www.knie.ch/fr/tierwelt.php Ce
texte reprend librement et avec gratitude des passages de la
publication « La place accordée aux animaux. Pourquoi combattre
l’exploitation ? » du réseau antispéciste
(reseau.antispeciste@poivron.org).
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