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Le côté le moins « fantastique » du cirque


Un éclat trompeur
Les apparitions sur scène, courtes, colorées, accompagnées de musique et d’applaudissements, transmettent au public, et avant tout aux enfants, le sentiment que les animaux de cirque se portent à merveille et qu’ils sont bien sur la piste. Mais c’est un éclat trompeur : en réalité, ces animaux sont condamnés le plus souvent à une vie misérable faite de contraintes. Dans certains pays, comme au Danemark, en Suède, en Finlande ou en Autriche, le transport d’animaux dits sauvages est déjà interdit. Beaucoup de villes et de communes du Canada, de l’Italie et des Etats-Unis refusent de fournir leur terrain à de telles entreprises.

Mais nous adorons le cirque !
« La magie de la piste », c’est un mélange de costumes scintillants, de numéros palpitants d’artistes, de danseurs et de danseuses sur corde, de jongleurs et de jongleuses, de musique entraînante, de clowns empotés – et d’animaux merveilleux, qui accomplissent des exploits étonnants. Une visite au cirque, c’est toujours quelque chose de spécial, et ça réveille chez la plupart des adultes des souvenirs heureux d’enfance qu’il-le-s aimeraient transmettre à leurs propres enfants. C’est ainsi que l’on en vient à soutenir inconsciemment une institution qui camoufle et commercialise l’exploitation des animaux sous des dehors joyeux. Les critiques passent pour une tentative de gâcher la fête, car personne n’aime voir réduite à néant une illusion magnifique pour voir en face une dure réalité.

La vie au cirque
En liberté, la plupart des animaux on un très grand espace à disposition ; ils courent, sautent ou grimpent aux arbres, nagent ou volent. Ces besoins ne peuvent guère être satisfaits dans un cirque, car il n’y a pas du tout de place pour ça. Il n’y a pas besoin d’être zoologue pour réaliser qu’on ne peut pas subvenir à ces besoins élémentaires dans un cirque. Il est clair qu’il n’existe pas de tabelle de la superficie dont chaque animal a besoin, mais il est assez évident que la détention d’un animal dans une cage ne peut pas être conforme à ces besoins de base. Il devrait suffire de mentionner que les comportements sociaux ne sont pas ou quasi pas possibles parce que les animaux servent à des fins de spectacle et sont généralement privés des multiples contacts avec les autres individus de leur espèce.
Un argument avancé pour la détention d’animaux dit qu’« il est impossible de juger de la qualité de vie des animaux sauvages au cirque en se basant uniquement sur la taille des enclos. L’essentiel est que les besoins biologiques des animaux figurent au centre des préoccupations de leurs propriétaires ». Il est clair qu’on peut aussi satisfaire les besoins biologiques d’un être humain malade, afin d’atténuer ses souffrances et retarder son décès, sans que cet homme aille vraiment bien…Ainsi les besoins biologiques des animaux sont effectivement satisfaits, de telle sorte qu’ils n’en meurent pas, mais cela ne signifie aucunement que ces animaux vont bien dans ce milieu. Ainsi, réaliser ces besoins n’est pas un critère pour juger et légitimer l’exploitation des animaux à des buts artistiques.
Chaque cirque voyage. Les animaux passent généralement quelques mois dans des quartiers d’hiver pauvres en stimuli – au printemps, en été, en automne, transportés de part et d’autre. Le séjour dans des places de jeu ne dure généralement pas plus de quelques jours. Etant donné que les animaux ne « voyagent » pas, mais sont transportés, il est clair qu’ils sont parqués dans des cages les plus petites possibles sur de grandes distances. Comment de tels transports pourraient-ils respecter les besoins élémentaires des animaux ?

Domptage et dressage
Même le soi-disant « dressage doux », dont les entreprises renommées de la branche se flattent, n’est pas « respectueux » des animaux. Ce n’est pas avec des mots gentils qu’il est possible d’amener un éléphant à mettre tout son poids sur une jambe ou à s’asseoir sur un tabouret. Il est également difficile de comprendre comment on peut faire sauter sans force un tigre dans un cerceau en feu quand on sait sa peur terrible du feu. Il se peut bien que les méthodes de dressage soient devenues plus subtiles, mais le principe de la « récompense » et de la « punition » reste d’actualité.
On entend souvent qu’on n’exige des animaux de cirque que selon leurs capacités, selon ce qu’ils feraient aussi dans un environnement libre. Ce qu’il y a de juste là-dedans, c’est qu’on n’apprendra en effet jamais à un hippopotame à voler, ni à une girafe à faire du vélo. En considérant divers numéros de dressage, il semblerait donc que cela fait partie du comportement naturel d’un éléphant de se tenir sur ses jambes arrières et de s’asseoir sur un tabouret… ? Cela correspond à ses « dispositions naturelles » ? Il est clair que sont exploitées des capacités dont les animaux font preuve que dans certaines situations de danger extrême, comme par exemple lorsqu’ils ont peur du feu ou lorsqu’ils sont soumis à un grand bruit. La peur du claquement du fouet et de la punition à venir par le dompteur sont des déclencheurs de ce type.
Il n’est guère possible de désigner le fouet comme un moyen de communication sans violence avec les animaux. Le dressage est toujours une épreuve de violence. La volonté des animaux doit être largement cassée et forcée dans la direction que lui impose la personne qui exerce le pouvoir. De par le fait que les animaux vivent en captivité, ils n’ont aucun autre choix que celui de se soumettre à la volonté de celui qui les domine, ce qui est aussi le cas de n’importe quel être humain emprisonné de même.

Derrière le rideau
Le public du cirque dit généralement aimer les animaux, et admirer leur beauté et leurs inhabituelles capacités, pour autant que ces animaux paraissent bien nourris et non blessés. Il est encore ancré dans l’esprit de la plupart des personnes que les animaux n’ont pas d’individualité, pas d’ « âme », ce qui facilite énormément la non-prise en compte de la vie sensible de ces animaux. La psychologie animale et la science du comportement poussent jour après jour à ce que cette conception prime sur la réalité – mais chaque propriétaire d’animal sait d’expérience ce que celui-ci est un être qui est sensible et qui fait preuve de sentiments. Chacun-e peut, à partir de sa capacité d’identification et d’une connaissance minimum des dispositions des différents animaux, concevoir de soi-même la gamme de leurs souffrances intérieures. L’affirmation qu’il s’agirait là d’une « conception humanisante », ne fait plus d’effet depuis longtemps puisque les recherches scientifiques modernes peuvent prouver les points communs biologiques partiels entre les humain-e-s et les autres animaux, également sur le plan psychique, en tenant compte bien entendu des spécificités des espèces respectives.

Une vertu « pédagogique » douteuse…
Les numéros de cirques animaliers transmettent à la plupart des gens, et aux enfants avant tout, l’impression que cela plait aux animaux, et que les exploits accomplis sur la piste font partie du comportement normal. Personne ne se demande donc qui sont véritablement ces animaux artistes ? ni comment ils désirent vivre ? comment ils mènent leur vie en dehors de la piste ? Que cages, fouets, grillages et animaux aillent ensemble est une chose que l’on grave dans la tête des gens dès très tôt, et il est bien facile de manipuler des enfants ! Le cirque nous apprend de manière ludique que nous humain-e-s avons prétendument le « droit » de disposer de toutes les êtres sensibles de cette terre à notre guise. D’être habitué dès l’enfance à considérer comme « normal » de faire danser des animaux au fouet, cela n’apprend pas le respect pour la dignité et l’indépendance des autres êtres sensibles. C’est pour cela, pour des raisons réellement pédagogiques, que l’emprisonnement d’animaux dans les cirques est à refuser.

Conclusion!
La place des animaux n’est pas dans un cirque. Il n’y a pas là pour eux de vie « respectueuse de leurs besoins ». Ils passent le plus clair de leur temps dans des petites cages, n’ont pas de contact avec leurs congénères, et doivent faire des numéros « artistiques » ridicules. Les animaux de cirque sont des travailleurs et des travailleuses forcé-e-s. Les courtes entrées en scène, qui ne sont réalisées que sur la base d’un dur dressage, cachent au public l’existence misérable qu’ils mènent en coulisse. C’est une image déformée qui est montrée aux spectateurset spectatrices, et spécialement aux enfants. Les cirques modernes – et il y en a de plus en plus – créent la magie sans recourir à l’asservissement des animaux, et offrent, avec les performances volontaires d’artistes humain-e-s, un plaisir dont tous et toutes nous pouvons jouir sans mauvaise conscience.

Ecrit par B. M. (AZOT)



 

Jusqu'à ce que toutes les cages soient vides!